ANAK Bali, l’autre réalité de l’île des dieux

Lorsque nous avons annoncé notre décision de nous engager auprès d’une association à Bali, les réactions ont été presque unanimes : « en vrai c’est un bon prétexte pour passer 6 mois en vacances sur une île magnifique !».

Le surnom de Bali est effectivement lié à ces paysages magiques et à cette nature luxuriante qui a construit sa renommée internationale. L’île a transformé cet avantage naturel en levier économique fort. 70 % de l’économie de Bali repose sur le tourisme. Le Sud et l’Ouest ont accueilli de grands groupes hôteliers qui ont implanté, sur les plages de sable fin, des hôtels tous plus instagramables les uns que les autres, attirant une population en mal de nature et de ressourcement. Ce tourisme de masse a permis la reconnaissance de l’île ; ce qui lui vaut d’être présentée comme l’une des meilleures destinations au monde. Plus récemment, les digital nomads ont pris d’assaut l’île, s’installant principalement dans la région de Canggu et accentuant par là-même la densité de population dans l’Ouest. Les terres agricoles et les rizières de cette région ont été vendues au profit de promoteurs immobiliers qui ont transformé les paysages côtiers au cours des 10 dernières années.

Le Bali touristique – Mars 2021

Au-delà des paysages, le tourisme a également entrainé une profonde modification des structures traditionnelles de Bali. Historiquement, les balinais sont majoritairement agriculteurs. Aujourd’hui, les jeunes générations tentent leur chance dans le tourisme, espérant un avenir meilleur. En cette période de pandémie, le modèle économique de Bali montre l’étendue de ses faiblesses. Le tourisme est complètement éteint. Les grands hôtels ont réduit leur capacité d’accueil laissant sur le côté des centaines de personnes obligées de retourner dans leurs villages dans l’espérance d’y trouver un petit emploi alimentaire le temps que l’orage passe.

Dans ces villages reculés la réalité est toute autre, et pas seulement en cette période. Le Nord et l’Est de Bali sont des régions beaucoup moins touristiques qui ne bénéficient pas de cette manne financière. De nombreux villages, situés dans les montagnes sont peu accessibles. Ils n’ont pas accès à l’eau courante et à l’électricité. Les habitants sont, pour la plupart, ouvriers agricoles, pécheurs ou travailleurs journaliers. Les enfants suivent l’école obligatoire jusqu’à 15 ans puis viennent en aide à leurs parents, bien souvent illettrés. Cet environnement engendre la répétition du cercle vicieux de la pauvreté et de la dépendance. En 2000, Christine Grosso, fondatrice de l’association ANAK Bali, vit cette expérience déroutante au cours d’un voyage d’affaires. En rencontrant un enfant pécheur déscolarisé sur la plage d’Amed, elle prend conscience des très fortes inégalités et de l’extrême pauvreté qui frappent une part très importante de la population balinaise. Elle décide de mettre de côté son rôle de femme d’affaires pour se consacrer pleinement à l’accompagnement des enfants de ces villages reculés.

Plage d’Amed – Mars 2021

En 2003, l’association ANAK Bali voit le jour officiellement avec une reconnaissance d’intérêt général en France. Dès le début, l’association fait de l’accès à l’éducation son cheval de bataille. Si, en Indonésie, l’école est officiellement gratuite, les frais induits sont très importants. Les uniformes sont obligatoires et ne sont pas pris en charge par les écoles, tout comme les fournitures. Autant de dépenses lourdes pour des familles dont la situation financière ne permet pas, bien souvent, de nourrir tous les membres. Rejoindre l’école demande aux enfants plusieurs heures de marche le ventre vide. Face à ces situations, ANAK Bali met en place un système de parrainage qui prend en charge ces dépenses liées à la scolarité et permet aux enfants de bénéficier d’un peu d’argent de poche qu’ils consacrent presqu’exclusivement à l’achat de nourriture et à un peu d’épargne pour les plus âgés. Grâce à ces soutiens financiers, les familles peuvent envoyer leurs enfants à l’école, en se souciant moins des contraintes économiques que cela représente.

Distribution avec ANAK Bali Association – Mars 2021

Dès le début de cette aventure humaine et humanitaire, Christine Grosso a impliqué les balinais dans toutes les prises de décisions. Ils sont les responsables des bonnes relations entre les familles, les villages et les équipes d’ANAK Bali. Leur travail de terrain est primordial pour la détection des familles dans le besoin, le suivi et l’accompagnement des enfants parrainés dans le respect des traditions ancestrales de l’île des dieux. Si les parrains et marraines, adhérents et partenaires français et européens apportent les ressources financières, les équipes balinaises garantissent la bonne affectation des fonds en fonction des besoins évalués et des projets. Sans cet équilibre, la recherche absolue du qualitatif plus que du quantitatif ne pourrait être atteinte.

L’objectif d’ANAK Bali est de permettre à chaque enfant d’accéder à la connaissance et au savoir pour développer son autonomie et son indépendance, être en mesure de choisir sa vie librement et ainsi de réaliser ses rêves. Cet engagement suppose un accompagnement total, tant sur le plan scolaire qu’extra-scolaire. ANAK Bali met ainsi en place des cours d’informatique, de danse balinaise, d’anglais et de français pour développer les compétences des enfants. L’association œuvre pour déceler les talents individuels pour les mettre en lumière et les transformer en force. Cet accompagnement dans l’orientation des jeunes est une part très importante de la mission que s’est donnée l’association.

Accompagnement des enfants – Mars 2021

Pour maintenir un lien privilégié avec les enfants, les équipes d’ANAK Bali organisent une fois par mois une distribution. C’est l’occasion de remettre l’argent de poche aux enfants, de discuter avec les coordinateurs locaux, d’échanger sur d’éventuels problèmes et de trouver des solutions. Les enfants reçoivent les lettres et cadeaux de leurs parrains et marraines, retrouvent leurs amis. En cette période de pandémie durant laquelle l’école est à la maison, les enfants apprécient particulièrement cette respiration, loin des tracas du quotidien. Les équipes en profite également pour remotiver les enfants, leur réexpliquer certaines consignes et les encourager à continuer avec assiduité leur scolarité. La distribution est aussi le moment choisi pour intégrer de nouveaux enfants parrainés par l’association. C’est un événement émouvant au cours duquel le jeune se présente et reçoit le t-shirt d’ANAK Bali qui symbolise son appartenance à cette grande famille.

Distribution avec ANAK Bali Association – Mars 2021

C’est dans ce cadre que se construit notre mission. Nous mettons nos compétences en communication et marketing au service d’ANAK Bali, pour leur permettre d’augmenter leur visibilité et pour montrer au grand jour la qualité du travail effectué avec les 200 enfants parrainés. Nous réalisons ainsi une série de vidéos pour présenter l’étendue des missions de l’association, son organisation et ses forces. Nous avons également souhaité les conseiller sur leur stratégie de communication pour qu’ils puissent prendre le virage nécessaire à leur épanouissement et à leur reconnaissance.

A travers la réalisation des ces vidéos, nous avons la chance de parcourir cet autre Bali. Nous partons ainsi dans le Nord et l’Est de l’île à la rencontre des jeunes et de leurs familles. La traversée de l’île en scooter est à chaque fois une petite expédition. Nous chargeons notre matériel sur notre petit deux-roues et suivons les routes sinueuses des montagnes qui coupent Bali en deux. Au niveau de Bedugul, au milieu de l’île, nous arrivons au point de rupture entre le Bali riche et l’autre Bali. Après un passage de col qui offre des paysages grandioses, nous entamons une longue descente dans la région de Buleleng et découvrons peu à peu les villages reculés qui constituent les zones d’action d’ANAK Bali.

Région de Buleleng – Mars 2021

Au cœur de cette nature sauvage et magnifique, entre rizières en terrasse et denses forêts, nous rencontrons les familles qui vivent dans de petites maisons parfois en dur, mais bien souvent en tressage traditionnel. Nous sommes confrontés à la réalité : sans l’action d’ANAK Bali, ces familles ne pourraient pas s’en sortir. Si la joie ressort chez beaucoup d’entre elles, nous voyons également les grandes difficultés économiques auxquelles elles sont confrontées. Ainsi nous partageons un thé avec une adolescente qui se retrouve seule à gérer sa petite sœur qui s’est ouvert le pied et son petit frère très actif alors que son père, très malade, est hospitalisé, accompagné par sa mère. Leur maison qui se trouve un peu à l’écart d’un village, dans un petit emplacement en contrebas peu lumineux, offre deux pièces : une chambre partagée par toute la famille et une cuisine. Un petit feu permet de faire cuire les aliments. L’adolescente, brillante et investie dans ses études, est poussée par ANAK Bali pour aller le plus loin possible dans son parcours scolaire. L’objectif est de lui permettre d’atteindre un emploi suffisamment rémunérateur pour qu’elle puisse subvenir à ses besoins mais également de continuer à aider ses parents. La compréhension de ce point culturel est indispensable pour percevoir l’objectif de l’association. Lorsqu’on demande aux enfants quel est leur rêve, la réponse est unanime : soutenir leurs parents. La société balinaise repose sur la cellule familiale. Le rôle des enfants dès leur plus jeune âge est d’être présents pour leurs parents. Dans les maisons traditionnelles, parents et enfants vivent sur la même parcelle et mettent en commun les revenus et les ressources. ANAK Bali encourage donc les enfants parrainés à réussir leur scolarité pour perpétuer cette tradition tout en ouvrant leurs perspectives. Les enfants découvrent l’existence de nouveaux métiers, agrandissent leurs champs de vision pour ne pas reproduire le schéma de leurs parents et sortir du cercle de la pauvreté. Sans renier leurs traditions, ils s’ouvrent au monde et s’adaptent aux réalités économiques modernes.

L’autre Bali – Mars 2021

Maintien des traditions – Mars 2021

L’engagement d’ANAK Bali ne se limite pas à l’éducation. Consciente des enjeux environnementaux de l’île des dieux, l’association encourage les initiatives locales. Sur la plage de Tejakula, au Nord-Est de Bali, les jeunes de l’association se retrouvent chaque dimanche pour ramasser les déchets. A leur échelle, ils essayent de redonner la beauté à ces paysages trop souvent envahis de plastiques. Le coordinateur de ce village a également créé une entreprise de recyclage pour que l’engagement des jeunes trouve un aboutissement concret.

Ramassage des déchets – Tejakula – Mars 2021

Grâce à cette mission que nous avions ardemment désirée, nous donnons une autre dimension à notre tour du monde. Nous sommes plongés dans la culture balinaise et vivons de l’intérieur les réalités sociales de l’île des dieux. Nous découvrons des paysages inédits, nous nous enrichissons des rencontres que nous faisons et profitons de cette chance d’être à l’autre bout du monde durant cette période compliquée. Notre entêtement pour réaliser ce projet nous permet de continuer à développer nos compétences mais également à découvrir toujours d’avantage qui nous sommes et ce que nous voulons construire. Une véritable aventure professionnelle et humaine qui forge notre avenir.

En parallèle de notre mission, nous visitons Bali et partagerons avec vous nos découvertes de cette culture d’une richesse complexe et incroyable.


LES ESSENTIELS « PARTOUT AILLEURS »

A découvrir ?

ANAK Bali – Aide aux enfants d’Indonésie – Leur mission : aider les enfants à devenir indépendants et autonomes pour qu’ils accomplissent leurs rêves. Leur objectif : accorder aux enfants la liberté de choisir leur vie et briser le cercle de la pauvreté et de la dépendance, par l’éducation.

Retrouvez leurs actions et actualités avec les liens suivants : Website Facebook Instagram


3 réponses à « ANAK Bali, l’autre réalité de l’île des dieux »

  1. Magnifique article tant sur le fond que sur la forme. Bravo mes chéris +++++++++

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  2. C’est avec beaucoup d’intérêt et de joie que j’ai découvert à travers cet article fort bien documenté votre vie actuelle, vos découvertes, sa richesse… J’en suis vraiment heureux pour vous. Je vous embrasse. Gérard

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  3. Voilà ! Votre enthousiasme nous a convaincu. Grâce à vous, nous nous engageons auprès d’ANAK . Nous parrainons Sukma et sommes heureux de contribuer à son accès à l’éducation !

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