La Laponie, le pays féérique des Samis

Nous quittons Smögen et la côte Ouest de la Suède pour nous enfoncer à l’intérieur des terres. Les paysages changent instantanément pour laisser place aux longues routes droites à travers les forêts de bouleaux. La terre est découpée par une multitude de lacs, tous plus beaux les l’uns que les autres. Les sapins se reflètent dans le miroir des eaux calmes. A mesure que nous remontons vers le Nord, les températures chutent, les bords des routes découvrent les premières traces de neige et les lacs sont peu à peu gelés.

Stop au bord d’un lac – Octobre 2020

Nous effectuons un premier stop à Mora sur les bords du lac Siljan. Le sixième plus grand lac de Suède est le témoin des pluies de météorites qui se sont abattues sur la terre il y a plus de trois cent millions d’années. Son diamètre de cinquante-deux kilomètres fait de lui le plus grand cratère d’impact connu en Europe. Notre arrivée à Mora se fait sous une nuit dégagée aux températures avoisinant les 2°C. Au petit matin, nous reprenons la route pour une longue remontée en direction d’Östersund. Les températures sont désormais négatives et ne dépasserons pas le 0°C avant cinq jours.

Lac Siljan – Octobre 2020

La grande ville d’Östersund est sous la neige. Dans ce temple du biathlon, nous apercevons les murs du stade qui accueille chaque année une étape du championnat du monde et dans lequel Martin Fourcade a célébré de nombreuses victoires.

Östersund – Octobre 2020

Une centaine de kilomètres après avoir quitté Östersund, Mathilde fait, pendant près d’une heure, sa première expérience de conduite sur la neige de la route E45 qui traverse la Suède du Nord au Sud. Notre cher Derful accroche bien, ne dérape pas trop, nous avons des chaines dans le coffre mais elles ne sont pour le moment pas nécessaires. D’abord prudents, nous prenons peu à peu de l’assurance et les bonnes conditions météo nous permettent finalement de nous habituer totalement à cette conduite, au point d’atteindre les vitesses autorisées sans rechigner. Le cent kilomètre par heure, de nuit et sur la neige ne nous fait plus peur mais demande un brin de concentration.

Pour cela, je peux compter sur mon copilote qui concocte chaque jour des playlists et alterne avec des podcasts. Ainsi nous vivons nos aventures tout en écoutant d’autres aventuriers compter les leurs. Tout en restant dans notre van, nous partons pour une ascension hivernale du Nagan Parbat avec Elisabeth Révol, au cœur de la forêt amazonienne ou encore à la suite des héros du quotidien aux histoires passionnantes. Les podcasts « Les Baladeurs » et « Un Bol d’air » nous accompagnent ainsi chaque jour et nous confortent dans notre envie de découvrir le monde et de partager ce que nous vivons.

Si nous sommes souvent seuls sur la route, nous ne nous sentons jamais perdus. Tous les cinq à dix kilomètres, nous croisons des petits villages ; deux, trois maisons sur le bord de la route aux fenêtres toujours éclairées. Cette tradition suédoise apporte une chaleur particulière qui témoigne toujours plus de leur sens de l’accueil.

C’est au cours de cette remontée vers Arvidsjaur que nous écoutons l’hommage à Samuel Pati, ce professeur de Conflans-Sainte-Honorine décapité après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet, dans un cours sur la liberté d’expression. Nous restons longtemps silencieux. Cet hommage nous rappelle aussi le sens que nous voulons donner à notre projet de tour du monde : prendre le temps de découvrir les pays dans lesquels nous passons pour toucher du doigt leurs cultures, leurs coutumes, leurs religions et ne pas nous enfermer dans l’obscurantisme et la peur de l’autre.

Nous arrivons de nuit à Arvisdjaur. Nous sommes entrés en Laponie et les températures s’en ressentent. Les étoiles sont bien visibles, le ciel est dégagé, il fait -20°C, la nuit va être fraiche. L’eau du van gèle complètement. Heureusement nous sommes dans un camping et avons accès à une douche chaude et à l’électricité pour mettre le chauffage et surmonter cette nuit polaire. Après les longues heures de routes, nous sommes tous les deux épuisés et nous n’avons pas la force de sortir affronter les températures extrêmes. Malheureusement pour nous, ce sera la seule nuit durant laquelle nous aurions eu la chance d’apercevoir les fameuses aurores boréales. La météo des jours suivants ne permettra pas de profiter d’un ciel suffisamment clair pour observer la danse de ces vents solaires.

Arrivée en Laponie – Octobre 2020

Après Arvidsjaur, nous atteignons le point le plus septentrional de nos découvertes suédoises : Jokkmokk. Cette ville est la capitale des Samis, le peuple que nous apercevons dans les deux dessins animés de La Reine des Neiges. Sous une brume envoûtante nous découvrons le lac gelé de cette ville calme. La neige attenue le bruit de nos pas, ajoutant une musique enchanteresse à notre exploration.

Le musée de Jokkmokk nous permet d’en apprendre plus sur la culture Sami, peuple nomade de la Laponie, région qui s’étend de la pointe Ouest de la Russie au Nord de la Norvège en passant par la Finlande et la Suède. Ces éleveurs de rennes ont su adapter leur mode de vie pour continuer leurs activités ancestrales avec les moyens modernes.

Jokkmokk nous réserve aussi quelques surprises. Notre parcours s’est déroulé jusqu’à maintenant presque sans embuches. Le camping dans lequel nous avons décidé de rester deux nuits est un peu en hauteur : une légère montée de trois-quatre mètres souligne l’entrée. Une petite couche de neige recouvre la pente. Derful n’a jusqu’à maintenant pas démérité. Son comportement a été exemplaire mais cette montée est trop ardue. Nous dérapons à la première tentative. Un deuxième essai en marche arrière confirme la rudesse de l’exercice avec nos pneus été. Nous n’avons pas le choix, il faut sortir les chaines. Les conditions sont bonnes, il fait un peu froid dehors, mais rien d’insurmontable. Sauf qu’en sortant les chaines en composite du coffre, nous avons l’immense joie de découvrir que l’une d’elles est déchirée sur la moitié de sa surface… Si cela fait l’affaire pour cette montée, notre perspective d’aller observer des aurores boréales à la frontière norvégienne est plus que compromise ; la sécurité avant tout.

Après la déception de ce contretemps, nous retrouvons vite le moral avec une bonne raclette, au chaud dans le van. Avant de partir, nos amis nous ont fait une superbe surprise : pour nous épargner les coquillettes matin, midi et soir, ils nous ont offert le petit appareil à raclette des Raffineurs fonctionnant avec des bougies chauffe-plat. Le résultat est génial ! Bien que l’odeur de fromage fondu embaume l’intérieur de Derful, nous prenons un grand plaisir à partager cette spécialité française avec du fromage allemand au beau milieu de la Laponie suédoise. C’est un repas de fête, arrosé d’une touche de Bénédictine, qui accompagne parfaitement nos trois mois de mariage !

Nous renonçons finalement à continuer vers le Nord. Mais les perspectives de la suite de notre trajet sont réjouissantes. Nous sommes invités à découvrir le projet que souhaite réaliser une amie d’enfance de Mathilde, Faustine, avec son mari Emeric, sa sœur et son beau-frère. Ils viennent d’acquérir un terrain au cœur de la Laponie, à côté d’Överkalix. Sur ces trente hectares, ils désirent construire des écolodges et faire vivre l’expérience de la Laponie avec notamment leurs six Huskies et deux Samoyèdes. Vous pouvez suivre l’avancée de leurs projets sur leur compte Instragram @new_life_in_lapland. La vue sur le lac est splendide malgré un terrain devenu boueux par les pluies des derniers jours.

Octobre 2020

Ces pluies nous ont d’ailleurs joué quelques tours pour venir jusque chez Faustine et Emeric. Pour continuer à découvrir la diversité des paysages de la Suède, nous décidons de prendre une route forestière entre Juggijaur et Palohuornas. Le début de la route est parfaitement déneigé. Le relief augmente, nous prenons de la hauteur, une légère brume caresse la route et réduit la visibilité. La neige est de plus en plus présente, de plus en plus compacte et la pluie battante la transforme en une véritable patinoire. Nous réduisons notre vitesse, les minutes paraissent interminables. Nous mettons plus de deux heures pour parcourir ces quatre-vingt kilomètres. Heureusement, la nature vient nous soutenir dans notre épreuve. Alors que nous avançons au ralenti pour éviter de glisser, un troupeau de rennes traverse tranquillement la route. Nous nous arrêtons un instant pour contempler ce spectacle. Les rennes nous regardent, attendent les retardataires et repartent nonchalants à travers la forêt de pins et de bouleaux. Pour nous le redémarrage est un peu plus délicat. Nous parvenons à ne pas rester bloquer sur cette route piégeuse.

Entre Juggijaur et Palohuornas – Octobre 2020

L’arrivée chez Faustine nous fait beaucoup de bien. Nous prenons le temps de partager, en français, nos aventures, nos projets, de revenir sur des souvenirs d’enfance. Nous nous sentons comme à la maison. Leur accueil chaleureux nous motive à continuer notre tour d’Europe. C’est une véritable respiration après ces longues heures de route.

Après une matinée au calme chez nos amis, nous mettons le cap à l’Est avant d’entamer notre descente le long de la mer baltique en direction de Stockholm.


LES ESSENTIELS « PARTOUT AILLEURS » EN LAPONIE

À voir ?

La ville de Jokkmokk et son musée sur la culture Samis

À manger ?

Restaurant/cafétéria Ajtte du musée de Jokkmokk – cuisine traditionnelle suédoise
Kyrkogatan 3 – 96231 JOKKMOKK – 0971-170 91 ou 0730839181 – info@restaurangajtte.se

À découvrir ?


5 réponses à « La Laponie, le pays féérique des Samis »

  1. Encore un super article, les photos sont magnifiques ! Merci de continuer à nous faire voyager 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Toujours aussi intéressant depuis Moorea, mais un conseil : ne pas suivre Elisabeth Revol SVP …ça pourrait mal finir ! Bises niçoises . Philippe Durand

    Aimé par 1 personne

  3. Bel article les Samis 😘 !
    Et pour les podcasts, il y a aussi « vie d’aventure », sur deezer notamment, c’est des interviews d’aventures par Denis Brogniart

    Aimé par 1 personne

  4. Que c’est beau ! Merci 🙏

    J’aime

  5. Toujours de magnifiques photos, étonnantes avec le drone. Dommage pour les aurores boréales.

    J’aime

Laisser un commentaire