Avant d’atteindre la capitale polonaise, un arrêt dans la petite ville de Toruń s’impose. Cette cité médiévale nous est inconnue mais semble valoir le détour. En effet, sa renommée internationale est bien réelle. Toruń est la ville de Nicolas Copernic, scientifique et humaniste de la fin du 15ème siècle, début du 16ème siècle. Il a, le premier, mis en lumière la réalité du système solaire : la Terre tourne autour du Soleil et la Lune est un satellite de la Terre. Les théories de Copernic, reprises par Galilée quelques années plus tard, circulent de manière secrète dans la communauté scientifique après sa mort, par crainte de la réaction de l’Eglise qui ne reconnait l’héliocentrisme qu’au début du 19ème siècle.
A Toruń, tout tourne autour de Copernic. Nous passons devant sa maison, reconstruite selon les plans de l’époque, avant de découvrir l’université d’astronomie qui porte son nom et le planétarium. Sa statue domine la superbe place du marché.

Toruń est aussi reconnue pour son histoire commerciale. Cette ville au cœur de la Pologne était, au Moyen-Âge, un port majeur. Le fleuve, la Vistule, permet d’acheminer les marchandises depuis et vers la Mer Baltique. Dans la vieille ville, on trouve des traces de grues portuaires à côté des ruines du Château teutonique. L’horloge de la tour de la Basilique Saint Jean Baptiste et Saint Jean l’Evangéliste, tournée vers la Vistule, indiquait l’heure aux marins pendant que celle de la tour de l’Hôtel de ville rythmait la vie des habitants. Afin de défendre cette place stratégique, Toruń est ceint de remparts et de tours, dont la fameuse tour penchée, Krzywa Wieza.


Château teutonique & la tour penchée – Novembre 2020
Après cet aperçu de la ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco, nous dégustons la spécialité de Toruń : le Piernika, un petit gâteau de pain d’épices, nappé de chocolat ou d’une fine couche de sucre glace. Nous aurions aimé découvrir le secret de sa fabrication au Zywe Museum Piernika – qui propose une expérience complète autour de ce produit régional – mais celui-ci était fermé pour raisons sanitaires.

Forts de ces nouvelles connaissances, nous reprenons la route en direction de Varsovie. Plutôt que de rentrer directement dans le vif du sujet, nous décidons de nous éloigner du centre-ville pour découvrir le Palais de Wilanow. Le roi polonais Jan III Sobieski entreprend la conception d’une résidence secondaire, non loin du centre politique de Varsovie, en 1677. Augustyn Locci, l’architecte de la cour royale, se voit confier un projet relativement modeste de construction d’un manoir sans étage selon le style de l’époque. Cependant, les succès militaires du monarque et sa renommée grandissante contribuent à une extension du projet. Les agrandissements successifs, au cours des années 1677-1696, donnent à l’édifice des traits de résidence nobiliaire polonaise, de villa italienne et de palais français de style Louis XIV.


Palais de Wilanow – Novembre 2020
En 1720, le palais en déclin est racheté par l’une des plus riches polonaises de l’époque – Elzbieta Sieniawska – qui continue les travaux entrepris par le roi Jan III et lui donne l’aspect que nous voyons aujourd’hui. Le palais change de nombreuses fois de propriétaires, jusqu’en 1805, date à laquelle Stanislas Kostka Potocki ouvre l’un des premiers musées de Pologne, au cœur du palais. Le château est ensuite habité par la famille Branicki, jusqu’à sa repise par le Ministère de la Culture et des Arts en 1945. Le Palais de Wilanow fait partie des rares monuments historiques de Varsovie qui ont échappés aux désastres causés par la Seconde guerre mondiale.
Après une agréable balade dans les jardins aux différentes inspirations – italienne, anglo-chinoise, française – nous nous dirigeons vers le centre de Varsovie et notamment la vieille ville.
Détruite à plus de quatre-vingts pour cent durant la Seconde guerre mondiale, la capitale polonaise renaît de ses cendres au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle et surtout après l’effondrement du bloc communiste en 1990. Comme à Gdansk, la Société des architectes de la République de Pologne pris la décision de reconstruire à l’identique la vieille ville. La première phase des travaux est achevée en 1953, puis la cathédrale retrouve sa splendeur en 1955 et la restauration du palais royal est achevée en 1988.



Dans les rues de Varsovie – Novembre 2020
Le cœur de Varsovie est beaucoup plus touristique que toutes les villes que nous avons vues jusqu’à présent. A deux pas de la belle place du marché – Rynek Starego Miasta – nous dégustons, sur les marches d’un escalier, deux plats typiquement polonais : les pierogi – sorte de raviolis au fromage/épinards/viande ou champignons parsemés d’oignons et de lard grillé – et un jarret de porc braisé.


Pierogi & Jarret de porc braisé – Novembre 2020
Repus, nous partons découvrir la cathédrale, marcher sur les remparts jusqu’à la barbacane conservée et les jardins du palais royal. Au retour nous empruntons la voie royale – rue Krakowskie Przedmiescie – qui passe devant le palais présidentiel et l’université de Varsovie, avant de descendre dans le parc Kazimierzowski, pour retrouver notre cher Derful. A l’image du folklore polonais, Varsovie nous laisse une impression mitigée d’un kitsch chaleureux. La situation sanitaire ne permet pas d’appréhender pleinement cette ville qui regorge sûrement de petites surprises lorsque l’on peut entrer à l’intérieur des bâtiments.


Cathédrale & les remparts de Varsovie – Novembre 2020
Nous quittons la capitale polonaise pour mettre le cap à l’Ouest en direction de Lodz (prononcer « woodge » comme son orthographe l’indique).
Avec la visite de cette ville, nous découvrons un pan de l’histoire plus récente de la Pologne. Nous quittons le Moyen-Âge et les Temps Modernes pour entrer dans la Révolution industrielle. Polonais, allemands, russes sont se mêlés à la culture juive pour tisser une histoire industrielle unique. Petite bourgade au début du 19ème siècle, elle devient la terre promise des industriels. Les grandes usines naissent aux quatre coins de la ville et laissent aujourd’hui les traces d’un dynamisme exceptionnel.
Nous garons Derful sur le parking de la Manufaktura, un vaste complexe en brique rouge qui accueillait autrefois une usine de textiles. Cette infrastructure industrielle a été réhabilitée pour accueillir un centre commercial, des restaurants et des cafés, une salle d’escalade, un cinéma et l’école de cinéma qui a formé certains des plus grands cinéastes actuels. Ce projet architectural a été récompensé de multiple fois en Pologne et dans le monde.


Manufaktura – Novembre 2020
Nous continuons le tour de la ville en rejoignant la rue Piotrkowska, la plus longue rue commerciale d’Europe avec ses 4,2 kilomètres. Cet axe concentre la vie de la ville. Les façades rénovées des villas des familles d’industriels se mêlent aux fresques de street art.







Street art de la ville de Lodz – Novembre 2020
Nous terminons la descente de la rue Piotrkowska devant l’usine blanche, Biala Fabryka, devenue le musée des textiles. Nous retournons vers la Manufaktura en remontant par la rue Jana Kilinskiego qui donne un regard sur l’envers du décor. Lodz continue son travail de réhabilitation de nombreuses friches industrielles que l’on peut apercevoir dans cette rue.


Rue Piotrkowska & l’usine blanche Biala Fabryka – Novembre 2020
Nous arrivons devant la gare en verre de Lodz qui trône devant la cité de la culture. Une dernière traversée du parc Staromiejski et nous retrouvons Derful. La découverte de cette ville étonnante est vraiment à faire. C’est un formidable terrain de jeu pour les architectes qui souhaitent réhabiliter des bâtiments industriels avec une histoire forte.


Gare en verre de Lodz & la cité de la culture – Novembre 2020
Nous quittons Lodz en prenant un temps de mémoire sur le quai de la gare de Radegast. Aux portes du ghetto juif durant la Seconde guerre mondiale, cette gare était le point de départ de nombreux trains de la mort vers les camps d’extermination de Chelmno et Auschwitz. Plus de deux cent mille juifs polonais, autrichiens, allemands, luxembourgeois et tchèques ont été déportés via cette gare entre janvier 1942 et août 1944. Des wagons et une petite exposition extérieure permettent de ne pas oublier les atrocités commises.


Mémorial de la gare de Radegast – Novembre 2020
Après cette visite sous le soleil, nous reprenons la route vers le Sud de la Pologne en direction du Château de Moszna.









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