Moorea, la mystique aux multiples facettes

C’est ainsi que commence le voyage.

Un choc, presque violent. Un aéroport vide, des résultats de test PCR reçus quelques heures avant le départ, vingt deux heures de vol qui nous paraissent interminables vers une destination rêvée, espérée, attendue : la Polynésie française.

Nous arrivons épuisés, tant par la durée trajet pour atteindre ce bout du monde que par le stress et la fatigue accumulés avant le départ. Notre choix de prendre un congé sabbatique, les démarches administratives et sanitaires et les multiples soirées pour dire aurevoir à nos familles et amis, ont quelque peu surchargé nos agendas. Nous partageons le sentiment de n’être pas prêt : terrible impression que nous allons subir ce voyage que nous n’avons pas pris le temps de préparer.

Nous débarquons finalement, heureux d’arriver dans ce petit coin de paradis qu’est l’île de Moorea. Le souffle des baleines nous accueille et les montagnes abruptes aux têtes drapées de nuages nous plongent dans l’aspect mystique de cette île. Le vert de la forêt tropicale contraste avec le bleu turquoise du lagon protégé de la houle du large par la barrière de corail.

Après un petit-déjeuner presque salvateur au Moorea Beach Lodge, notre pension familiale pour les cinq prochains jours à la vue splendide sur le lagon, nous entamons une journée paisible avec la ferme intention de lutter contre le sommeil pour nous habituer au plus vite aux douze heures de décalage horaire. Nous partons à la découverte des alentours mais sommes déroutés par l’absence totale de villages tels que nous pouvons l’entendre. Moorea est constituée d’une succession de constructions de tôles et de bois accueillant aussi bien des habitations que des boutiques et des petits restaurant – les snacks – le long de la bande côtière de soixante deux kilomètres. La vie insulaire oblige l’importation de la majeure partie des denrées alimentaires, ce qui rend tout extrêmement cher.

Moorea Beach Lodge Hôtel – Septembre 2020

Après avoir goûter l’une des spécialités locales, le poisson cru au lait de coco, nous empruntons les kayaks à disposition au Moorea Beach Lodge pour mettre le pied sur un petit « motu » et y explorer une première fois les fonds marins. Un peu déçus, nous nous rattrapons le soir venu par l’observation d’un magnifique coucher de soleil. La magie opère chaque fin de journée : un son et lumière des plus paisibles invite peu à peu au lâcher prise et à l’envie de découvrir les richesses de Moorea.

Coucher de soleil à Moorea – Septembre 2020

Le lendemain, nous louons une voiture pour les deux prochains jours. Après les quelques formalités administratives signées sur le capot, nous partons pour les montagnes et notamment le Belvédère. La route serpente, passe devant le lycée agricole et débouche sur un replat qui offre une magnifique vue dégagée sur les deux baies principales de Moorea : la baie de Cook et celle d’Opunohu séparées par le Mont Rotui. Derrière, un petit chemin au cœur de la forêt tropicale mène vers le Col des Trois Cocotiers. Quelques centaines de mètres après le début de la trace, un spot parfait nous permet de faire voler pour la première fois la drone en Polynésie. Les images sont saisissantes et confirment la beauté de l’île. Comme le rappellent bien souvent les habitants de Moorea : « Nous avons les montagnes ET le lagon ».

Le Mont Rotui et les baies de Cook (droite) et d’Opunohu (gauche) – Septembre 2020

A la suite de cette première approche de la forêt, nous prenons la direction du lycée agricole et entamons une visite des exploitations. Le balisage plus que précaire nous conduit sur la piste d’une course de trail qui traverse Moorea de part en part. Le temps passant rapidement et la chaleur se faisant de plus en plus présente, nous revenons sur nos pas et finissons par apercevoir enfin des ananas. Le roi des fruits est reconnu pour ses vertus à la fois diététiques et médicinales.

Ananas – Septembre 2020

Cette matinée bien remplie nous ouvre l’appétit et nous trouvons de quoi nous rassasier au snack Mahana. Au menu : une cuisine locale marquée par l’influence américaine. Nous reprenons la route pour visiter l’Eglise de la Sainte Famille de Haapiti. Après un nouveau coucher de soleil aux couleurs flamboyantes, un filet de perroquet et une cassolette de fruits de mer du lagon chez Rudy’s ravissent nos papilles.

Eglise de la Sainte Famille de Haapiti – Septembre 2020

La suite de notre programme nous permet de continuer la découverte de l’île par nous même, jusqu’à la rencontre avec Samuel, un polynésien recouvert de tatouages tribaux avec qui nous passons la journée. Avec lui, nous partons dans le lagon sur deux pirogues pour pécher à la senne. Cette technique très ancienne consiste à rabattre le poisson vers un filet lesté de cinquante mètres. Les couleurs du lagon, le corail et les multiples poissons offrent un paysage sous-marin magnifique. Notre maigre pèche n’entame pas notre joie de voir les dauphins et une tortue avant de regagner la terre.

Nous partageons ensuite le repas chez Samuel. Poisson cru au lait de coco, poisson grillé et bananes tapioca au lait de coco, le tout arrosé d’un punch maison ; un véritable festin nous attend. Nous profitons de ce déjeuner pour en apprendre plus sur la culture polynésienne et le peuplement de ces îles. Les vagues migratoires de l’Asie du Sud-Est ont conquis les îles du Pacifique pour construire un vaste territoire : Hawaï au Nord, La Nouvelle-Zélande à l’Ouest et l’île de Pâques à l’Est constituent le triangle polynésien. Les habitants de ces îles partagent la même culture, la même religion polythéiste ancestrale et un même attachement pour l’île de Raiatea, centre névralgique de cette civilisation. Cette île est considérée comme l’île mère et l’île sacrée. L’organisation politique et sociale de la Polynésie est fondée sur le clan et chaque famille se définie par sa montagne, sa pirogue et sa passe sur le lagon. Ce fonctionnement est toujours très présent aujourd’hui et la culture polynésienne renoue avec certaines de ses traditions qui avaient presque disparu avec l’arrivée des missionnaires européens au 18ème siècle.

Journée avec Samuel – Septembre 2020

Nous terminons le repas et cette journée par la visite du jardin de Samuel. Quatre hectares à flanc de montagne lui permettent de faire pousser, en permaculture, tout type de fruits et légumes pour sa consommation personnelle.

Le lendemain, nous nous levons impatients de prendre part à l’excursion prévue au programme. La rencontre avec les baleines a un goût d’exceptionnel. Nous sortons du lagon en bateau et notre première descente dans l’eau est la bonne. Nous apercevons, après 150 mètres de nage dans une mer formée, une baleine et son baleineau remontant à la surface. Spectacle majestueux qui nous rappelle notre petitesse face à ces géants des mers. Leur calme impose le respect et l’humilité.

Excursion baleines à Moorea – Septembre 2020

Le nombre important de bateaux en excursion ce jour-là – le dimanche n’est sûrement pas le meilleur jour à choisir – ne nous permet pas de voir d’autres baleines, hormis un dos ou une queue de temps à autres à la surface. Nous gardons un goût amer d’avoir participé à une excursion qui s’est transformée en une attraction de Disneyland et qui contribue à la fuite des baleines vers des contrées plus tranquilles. Cette impression est d’autant plus renforcée par la plongée, en fin de matinée, avec des raies et des requins nourris pour satisfaire les plaisirs des touristes. Nous ne partageons pas ce type de pratique et nous ferions les choses différemment si l’occasion se présentait.

Après une après-midi pluvieuse, le rideau se tire sur Moorea, heureux des cinq jours passés et conscients de la chance que nous avons d’être à l’autre bout du monde. Demain, nous partons pour Raiatea, l’île sacrée.

3 réponses à « Moorea, la mystique aux multiples facettes »

  1. Merci de nous faire rêver et de nous faire découvrir la Polynésie en dehors des sentiers battus.
    Au plaisir de découvrir la suite de vos aventures 😘

    Aimé par 1 personne

  2. Joli blog et doublement avec un début comme Moorea, cela promet pour les futures découvertes de « Partoutailleurs » j’attends la suite pour rêver.

    Aimé par 1 personne

  3. Sympa de partager votre voyage

    Aimé par 1 personne

Répondre à Kiki Annuler la réponse.