Nous débarquons sur le port de Swinoujscie vers quatorze heures pour entamer notre périple polonais. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre. Dans les souvenirs de Mathilde, la Pologne est grise et triste. Le temps à notre arrivée confirme ce sentiment. Il fait gris et les premiers polonais croisés ne semblent pas très accueillants.
Nous longeons la côte de la Mer Baltique – eh oui nous avions oublié que la Pologne avait une frontière maritime – jusqu’à Léba, aux portes du parc naturel de Slowinski sur les bords du lac Lebsko. La route de nuit n’est pas facile, les polonais roulent très vite sur un bitume plein de trous lorsque nous quittons les axes principaux. Nous nous garons sur le parking de la réserve naturelle, nous sommes tous seuls. Au moment de nous coucher, il nous semble entendre des sabots inspecter Derful. Nous ne serons pas quel animal est venu nous rendre visite.


Parc naturel de Slowinski – Novembre 2020
Au petit matin nous partons à la découverte de ce parc naturel. Cette bande de sable coincée entre mer et lac renferme une forêt de pins qui semble s’être figée. Le sable prend petit à petit la place de la terre et ne laisse aucun répit aux arbres. Les souches de bois mort jonchent le bord de mer dans un décor presqu’apocalyptique par endroit. Nous progressons jusqu’à la dune Lacka en plein cœur d’une sorte de désert qui offre un panorama à 360° sur l’ensemble du parc naturel. Au retour nous traversons la forêt aux multiples couleurs automnales avant de retrouver Derful qui a été rejoint par quelques voitures de promeneurs venus observer ces surprises de la campagne polonaise.
Nous reprenons la route en direction de Gdansk – anciennement connue sous son nom allemand Danzig – une ville portuaire riche d’une histoire séculaire. Alors que nous pensions trouver en Pologne des villes aux inspirations communistes, il n’en est rien. Gdansk est superbement restaurée. Détruite à quatre vingt dix pour cent après la seconde guerre mondiale, cette ville a su renouer avec son histoire pour retrouver son titre de « Perle du Nord ». A l’époque médiévale, Gdansk était l’un des ports les plus importants de la Hanse, cette association coopérative entre commerçants et villes créée en Europe du Nord. Au croisement de routes commerciales terrestres et maritimes, la ville s’est développée grâce au melting pot de diverses nationalités et religions. Après 1945, Gdansk est devenu le symbole des idéaux de liberté des polonais. Solidarnosc, le premier syndicat libre, est né à Gdansk en 1980 sous la direction de Lech Walesa, prix Nobel de la Paix en 1983 et Président de la Pologne de 1990 à 1995. Les multiples grèves et rebellions des habitants de Gdansk ont fortement contribué à la chute du rideau de fer et de l’Union soviétique en 1989.
Bien que les musées de Pologne soient fermés pour des raisons sanitaires, nous découvrons cette glorieuse histoire le long des rues de Gdansk. Le 11 novembre, date à laquelle nous visitons la ville, est aussi et surtout la date anniversaire de l’indépendance de la Pologne. Nous constatons la ferveur et le sentiment d’appartenance du peuple polonais. Les drapeaux sont accrochés aux fenêtres et quelques familles se prennent en vidéo en chantant l’hymne national sur les bords du Nowa Motlawa, le canal menant à la Mer Baltique.
Après un aperçu sur la Philharmonie, nous traversons le canal pour passer sous la grue portuaire médiévale avant d’entrer dans la vieille ville par la rue Mariacka.



Philharmonie de Gdansk, la grue portuaire médiévale & la rue Mariacka – Novembre 2020
Les façades des immeubles aux allures des villes de Belgique ou des Pays-Bas offrent un décor de cinéma jusqu’à la Basilique de la Vierge Marie. Construite entre 1343 et 1502, la plus grande église en brique du monde renferme des œuvres d’art de style baroque. L’intérieur blanc est sobre et la hauteur des voûtes invitent à lever les yeux vers l’horloge astronomique et le superbe triptyque du Jugement Dernier de Hans Memling qui domine l’autel.
Nous rejoignons ensuite la rue principale Ulica Dluga (la rue Longue) et la place Dlugi Targ (place du Long-Marché) qui forment la Voie Royale. Les maisons sont richement décorées et témoignent de l’âge d’or de Gdansk, à l’image de l’Hôtel de Ville. Sur la place du Long-Marché, la fontaine de Neptune, œuvre de l’architecte flamand Abraham van den Blocke, rappelle les nombreux échanges qui existaient entre les différentes villes de la Hanse.




La rue principale Ulica Dluga, la place Dlugi Targ & la fontaine de Neptune – Novembre 2020
Agréablement surpris par la richesse de cette ville, nous repartons reboostés sur la route en direction de Malbork. Nous trouvons un emplacement dans un camping officiellement fermé qui nous accueille à bras ouverts au pied du château. Nous sommes à nouveau plongés dans l’histoire médiévale de la Pologne. Au cœur de la capitale de l’état teuton de 1309 à 1457, le siège des Grands Maîtres de l’Ordre des Chevaliers Teutoniques est la plus grande forteresse médiévale d’Europe. Bien que nous ne puissions pas visiter les salles, nous nous mettons un instant dans la peau de chevaliers pour parcourir les remparts de briques rouges superbement bien restaurés selon les plans conservés dans les archives du château tout au long de son histoire. Un vol en drone nous donne un aperçu de la complexité de cet ensemble d’architecture défensive d’exception.






Château de Malbork – Novembre 2020
Après ces premières découvertes, notre regard sur la Pologne change quelque peu : si l’histoire du 19ème siècle assombrit la perception que nous pouvons avoir de ce pays, nous oublions souvent la puissance qu’il était au Moyen-Âge. Nous nous réjouissons de visiter ces villes que les architectes polonais ont souhaité réhabiliter à l’identique pour permettre aux générations futures de se souvenir d’un passé glorieux.
Nous poursuivons notre descente vers le Sud en direction de Varsovie.









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